Musiques sacrées à Vienne

Nous imaginons volontiers le compositeur baroque installé dans une ville : Bach à Leipzig, Haendel à Londres, Vivaldi à Venise. Erreur profonde. Tous ont abondamment déménagé !

L’artiste choisit rarement. C’est lui qui est choisi par un protecteur, un employeur assailli de candidatures et soucieux d’engager le meilleur. Ce mercato pousse les musiciens à l’exil, et Caldara en est le parfait exemple. Né à Venise, il meurt à Vienne après avoir travaillé à Barcelone, Rome et Bologne. Si ces parcours sont épuisants, ils sont enrichissants et pas seulement en écus ! Les musiciens s’écoutent entre eux, empruntent des idées dont ils font leur propre style.

On sera étonné de trouver chez František Tůma mort en 1774, des accords, des motifs qui font vraiment penser au Requiem de Mozart écrit en 1791… C’est que Mozart lui-même est l’héritier de ses prédécesseurs, des accords qu’ils aimaient, de leur façon d’illustrer la douleur, de mettre en valeur les mots, si forts dans le Stabat Mater : “pertransivit gladius”, l’épée qui transperce, “flagellis”, “afflicta”, “crucifixi” qui se passent de traduction. Orfeo a longuement travaillé sur ces textes qui doivent porter tout l’excès du baroque. Rare parmi les chœurs régionaux, le groupe favorise l’émergence de solistes (double dose de travail !) ce qui est conforme à l’usage de l’époque : pas de divas à l’église, le soliste sort du chœur et y retourne pour en enrichir la texture.

Le Stabat Mater de Tůma, nous est cher : cette œuvre vraiment belle, sorte de passage du baroque au classique, mérite d’être  plus souvent entendue et chantée. Inventive, contrastée, elle alterne en peu de mesures des climats très différents.

Le prolifique Caldara  écrivit des opéras par dizaines et sa musique sacrée en porte la marque : un peu frivole et si théâtrale… Nous entendrons (outre son Stabat Mater et une sonate pour violon) des extraits du Dies Irae et un air de la Maddalena, cette belle pécheresse qui se tenait elle aussi au pied de la croix.

Pour vous mettre en appétit :   

Tuma (version solistes) 

Stabat Mater in G minor – O quam tristis

Stabat Mater in G minor – Quis est homo

Caldara 

Air de Maddalena (oratorio “Maddalena ai piedi di Cristo”)

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